Dans le document introductif aux ateliers réalisé par la municipalité sur l'avenir de la ZAC Victor Hugo, M. Bentolila avait annoncé qu'il faudrait prendre en compte des contraintes financières mais il ne donnait aucun élément chiffré sur ces contraintes. Les habitants participant aux ateliers ont dénoncé cette absence de transparence. Ce n'est donc qu'au quatrième atelier consacré à la conception collective d'un espace vert que la société d'aménagement, la SIDEC, a consenti à présenter le budget de la ZAC. Attendre aussi longtemps pour présenter ce budget n'est pas neutre, la municipalité et la SIDEC veulent ainsi s'appuyer sur un " réalisme économique " pour empêcher le projet, largement partagé par les habitants, de constitution d'un véritable parc sur la ZAC Victor Hugo. Pour tenter de déstabiliser la population, la municipalité a, en outre, utilisé la presse (voir article "Victor Hugo : pour 100 briques t'as une friche !" dans Saint-Ouen ma ville de mai 2002) pour faire croire que la préservation de l'espace vert coûterait 100 millions de francs (MF).
Or ce montant n'apparaît pas quand on analyse les budgets prévisionnels présentés et, face à cette démagogie, nous voulons avec ce document faire le point sur le budget de la ZAC et formuler des propositions pour que la ville prenne en compte la volonté de la population d'avoir un véritable parc.
Le projet actuel : 25 millions de déficits pour bétonner le quartier !
Le budget global de la ZAC actuel serait de 239 MF. o Les dépenses (239 MF) proviendraient pour :
- 111 MF des acquisitions (46 % du budget) de terrains à la SNCF (8,25 MF), à l'Etat (27 MF) et des terrains et bâtiments acquis auprès des tiers (75,75 MF). Ces 75,75 MF, dépense la plus importante de la ZAC (32 % du budget), serait le résultat de l'expropriation des propriétaires d'immeubles qui ont été ou vont être rasés, pour ensuite être revendus aux promoteurs immobiliers.
- 70 MF (29 % du budget) résulteraient des travaux de VRD (Voirie, Réseaux et Divers), en clair c'est en grande partie les voies qui sont en cours de construction et à venir mais aussi les réseaux de gaz, d'électricité, d'éclairage public...
- 9,5 MF (4 % du budget), seraient liés à la mise en état des sols et aux démolitions des immeubles.
- le reste : études, honoraires, frais de gestionŠ 48,5 MF (20 % du budget) viendrait des études préalables sur la faisabilité de la ZAC (5,5 MF), des honoraires des urbanistes et bureaux d'études (23,5 MF), des frais de gestion de la SIDEC (9,5 MF) et des frais financiers (10 MF).
o Les recettes (214 MF) proviendraient de :
- cessions (212 MF) soit la quasi-totalité des recettes proviendrait de la revente des terrains aux promoteurs immobiliers ;
- 2 MF de la location aux habitants des immeubles acquis par la SIDEC et qui seraient démolis.
o La différence entre les recettes (214 MF) et les dépenses (239 MF) représenterait 25 MF (10,5 % du budget) de déficits qui seraient couverts par la municipalité.
La différence avec le premier projet est de 45 MF, on est loin des 100 MF annoncés dans la presse municipale !
Le précédent budget est celui du projet tel qu'il était initialement défendu par la municipalité et la SIDEC. Un autre budget a été établi à la va-vite et présente, pour influencer la population, un déficit de 118 MF qui n'est pas fondé. Ce budget atteindrait 247,5 MF contre 239 MF :
o au niveau des dépenses (247,5 MF), elles augmenteraient de 10 MF pour les travaux de VRD pour aménager l'espace vert et elles ne baisseraient que de 1,5 million pour les honoraires des bureaux d'études, le reste serait inchangé. o au niveau des recettes, elles passeraient de 214 MF à 129 MF du fait de la diminution des surfaces de terrain qui seraient revendues aux promoteurs immobiliers.
o ceci conduirait à un déficit de 118,5 MF pris en charge par la municipalité contre 25 MF auparavant.
Les débats engagés lors de la présentation de ces prévisions ont montré que ce budget et le déficit peuvent être réduits.
Les experts et les élus ont été obligés de reconnaître la pertinence des remarques et suggestions des habitants, à savoir :
o les travaux de VRD peuvent être diminués au lieu d'être augmentés en faisant un parc moins coûteux et en ne construisant pas une nouvelle voie sur le parc. Ce "fer à cheval" pour les bus s'avérerait désastreux pour la qualité de l'espace vert alors que l'on peut réserver le boulevard urbain déjà construit pour les bus (voir nos propositions dans l'atelier 5). Les experts ont admis à la louche que 18 MF peuvent être économisés. o l'ancien ministre du transport avait promis que les terrains de l'Etat seraient cédés gratuitement à la ville. Ceci représente une économie de 27 MF. Nous ne savons pas si le camarade ministre Gayssot a tenu ses promesses avant d'être remplacé. Mais dans tous les cas, pourquoi faudrait-t-il racheter à l'Etat des terrains qui sont destinés à être transformés en un parc, utile pour la collectivité.
o en outre, pour l'aménagement du parc, des subventions de la région Ile-de-France permettent de rembourser 20 à 40 % des dépenses d'aménagement engagées. Si cet aménagement coûte 10 MF c'est donc 2 à 4 MF qui sont économisés.
Au total, grâce aux remarques formulées à partir d'une simple lecture des comptes présentés, les habitants ont déjà montré que près de 47 à 49 MF peuvent être économisés. Le déficit ne serait donc plus de 118 MF mais d'environ 70 MF alors qu'il est de 25 MF dans le projet défendu par la mairie. La différence est donc de 45 MF, on est loin des 100 millions annoncés dans la presse municipale.
Réduire les acquisitions, les démolitions, baisser les coûts divers, rechercher des subventions pour le bien de tous
Nous formulons des propositions complémentaires à étudier avec les experts et les élus : o au niveau des acquisitions auprès de la SNCF, pourquoi les terrains ne sont-ils pas eux aussi cédés gratuitement ? Pourquoi la ville devrait-elle racheter ce qui appartient au patrimoine collectif pour faire un espace vert qui profitera à tous ? 8,25 MF seraient économisés. o les acquisitions auprès des tiers peuvent, au moins en partie, être arrêtées. Les habitants ne demandent pas que la ville exproprie pour faire des espaces verts. Ces acquisitions représentent plus de 75 MF et des économies peuvent être réalisées en favorisant par exemple des réhabilitations. Nous demandons donc un état des lieux des acquisitions auprès des tiers pour voir ensemble lesquelles peuvent être évitées. Ceci permettra de réduire aussi le montant des démolitions.
o il faut aussi revoir le montant des VRD car le parc demande moins de besoin de réseaux d'eau, d'éclairage publicŠ et il n'est pas nécessaire de construire de nouvelles voies.
o les autres dépenses, honoraires, frais de gestionŠ n'ont été diminuées que de 1,5 MF dans le projet pour un parc. Cela nous paraît peu et nous demandons des éclaircissements.
o d'autres subventions que celle de la région peuvent être mobilisées pour réaliser l'espace vert, elles peuvent atteindre jusqu'à 80 % des 10 MF prévisionnels soit de 4 à 6 MF d'économies en plus.
Non, un véritable parc ne coûtera pas 100 millions de francs !
Nous ne sommes pas des experts, mais il faut que la SIDEC et les responsables municipaux admettent que nous avons des propositions à formuler y compris sur un budget. Il est à ce propos scandaleux que l'on puisse parler de Zone d'aménagement "concerté" quand ce n'est qu'après de longues années que les habitants ont un premier budget de l'opération. Nous voulons que l'on étudie sérieusement l'ensemble de nos propositions dans la transparence pour une véritable démocratie et participation des habitants. Les propositions financières que nous faisons montrent que l'on est loin des annonces municipales sur un déficit de 100 millions pour un espace vert. Les réductions de dépenses et les augmentations de recettes que nous proposons montrent qu'il est possible de transformer la friche en un parc ouvert à tous, pour un coût qui ne sera pas exorbitant et pour le bien de la population.
Mai 2002