Article paru dans le Parisien

Parisien du 17 juin 2003

 

Immobilier

La Société générale déserte Saint-Ouen

SAINT-OUEN, QUARTIER VICTOR-HUGO, SAMEDI. L'Euroatrium, superbe bâtiment en verre, achevé l'été dernier, est vide. La Société générale, qui devait l'occuper, a préféré s'installer à La Défense mais continue de payer le loyer de ces bureaux fantômes.   (LP.)

DE LA PART D'UNE BANQUE, par nature, très près de ses sous, c'est plutôt surprenant. Depuis deux mois et demi, la Société générale loue, à Saint-Ouen, en bordure du périphérique, 32 000 m 2 de superbes bureaux dans un édifice transparent ultramoderne baptisé Euroatrium... qu'elle n'occupe pas ! Et qu'elle n'est pas prête d'occuper, même si cela lui coûte une petite fortune. A 2 000 F (304,9 ¤) le m 2 par an, l'établissement a fait ses comptes : 180 000 F (27 440,82 ¤) par jour, 5,3 millions par mois, l'addition est lourde. Dans et autour de l'immeuble en arc de cercle érigé dans le vaste chantier du quartier Victor-Hugo, pas la moindre trace de l'entreprise. Pas même le logo rouge et noir. Les réverbères sont encore emballés. L'entrée est grillagée. L'établissement bancaire a finalement décidé de s'implanter sur le site prestigieux de La Défense, dans deux tours jumelles flambant neuves, deux fois plus chères à la location. Mille trois cents employés doivent prendre possession des lieux au premier semestre 2002. « Nous privilégions désormais l'axe RER A qui dessert nos autres pôles d'activité », explique-t-on à la Société générale. Pourquoi, alors, avoir signé un bail de neuf ans fermes à Saint-Ouen, un contrat impossible à casser à moins de mettre très généreusement la main au porte-monnaie ? Les réponses divergent.

« L'heure est à la réduction des frais généraux » Raison officielle ? La décision de déménager en Seine-Saint-Denis a été prise, en urgence, en juin 2000, à une époque où les effectifs du groupe, dans une stratégie de redéploiement, étaient en plein boom. Seulement voilà : ces temps derniers, dans le contexte de crise internationale, les affaires n'ont plus le moral et, la croissance du personnel espérée a été sérieusement revue à la baisse. En réservant, et à Saint-Ouen, et à La Défense au même moment, la multinationale a vu très grand. Trop grand sans doute. « L'heure est à la réduction des frais généraux », insiste la banque, ajoutant, néanmoins, qu'elle n'a pas renoncé « définitivement » à délocaliser une partie de ses équipes dans le 93. Raison officieuse ? La sécurité des salariés, dans un quartier autrefois en déshérence, ne serait pas suffisamment garantie. « Ils ont peur de venir parce que ça craint ici ! » murmure une employée d'une puissante entreprise, qui a pris ses quartiers dans l'immeuble voisin. Ce qui est certain, c'est qu'un ouvrage vide fait mauvais genre dans cette zone attractive, qui a déjà séduit L'Oréal ou Manpower. « Cela nous embête », concède HRO France, l'investisseur, inquiet de voir, sur l'ex-friche, une dynamique se briser. Le groupe Generali, propriétaire du colosse de verre inhabité, si ce n'est par une poignée de vigiles, est plus serein. « C'est vrai, c'est un cas très rare. Mais tant que la Société générale paie son loyer, ce n'est pas mon problème... », confie Anne-Marie de Chalembert, directrice de l'immobilier du géant de l'assurance. La Société générale, qui a déjà jeté 13 millions de francs (1,98 million d'euros) par les fenêtres dans cette affaire, entend bien rapidement stopper le gâchis. Parce que « chaque jour est compté », elle s'est déjà mise à la recherche d'un voire plusieurs locataires qui pourront enfin transformer le bâtiment fantôme en une véritable fourmilière de cols blancs.

Vincent Mongaillard

Le Parisien , mardi 13 novembre 2001

« Bétonner ce terrain, c'est du mépris pour les habitants »

ALICE, 36 ans, lutte pour sauver une friche de verdure à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis)

SAINT-OUEN (SEINE-SAINT-DENIS), LE 4 NOVEMBRE. Alice en train de coller une affiche appelant à sauver la friche Arago- Victor-Hugo...  (LP/AURÉLIE AUDUREAU.)

C'EST PRESQUE devenu un rite dominical. Depuis le printemps, à l'appel du collectif Une friche en ville, les riverains de la friche Arago-Victor-Hugo, située à deux pas de la sortie du RER C à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), se retrouvent le dimanche après-midi sur ce terrain vague de 3,3 ha, aujourd'hui menacé. Pique-nique, feu de camp et cinéma en plein air aux beaux jours, plantation de fleurs et d'arbustes, création d'un jardin potager... les habitants ne manquent pas d'imagination pour dire combien ils sont attachés au dernier espace vert du quartier. En septembre, la pétition « Stoppons le béton et préservons la verdure pour nous et nos enfants » a recueilli 921 signatures. Mère de quatre enfants, Nicole, 52 ans, rêve d'un « grand jardin pour faire respirer nos enfants avec une mare qui nous rafraîchirait l'été ».

Qualité de vie Occupée à coller une affiche « Sauvons la friche » sur une palissade, Alice, 36 ans, s'indigne : « On se bat pour notre qualité de vie. Bétonner ce terrain, c'est du mépris pour les habitants. » Père de deux enfants, Maurice, actuellement au chômage, s'interroge, faussement ingénu : « Notre univers ici, c'est bagnoles et grands immeubles. Pourquoi les espaces verts seraient-ils réservés à Saint-Nom-la-Bretèche ou à Saint-Cloud ? » A la mairie, Michel Bentolila, adjoint (PCF) à l'urbanisme, a beau assurer qu'« il n'est pas question de faire de ce quartier une mini-Défense », le projet présenté par la ville, qui prévoit la construction sur la friche de 180 logements et d'immeubles de bureaux autour d'un jardin de 7 000 m 2 , ne manque pas d'inquiéter les riverains. D'autant qu'à proximité, de grands immeubles de verre (prévus pour L'Oréal, la Société générale...) ont poussé comme des champignons après la pluie, sans compter qu'en face la ZAC Renault (180 logements et 35 000 m 2 de bureaux) sortira de terre prochainement. Face à cette urbanisation galopante, les habitants n'ont qu'une idée en tête : « Sauver la friche », précieux lopin de terre « gelé il y a trente ans pour relier un jour l'autoroute A 15 de Gennevilliers à Paris », explique Daniel Maunoury, membre du collectif. Les riverains remettent aussi en cause le « boulevard urbain », officiellement dénommé « déviation de Clichy » dans le contrat de plan Etat-région, qui passerait devant la fameuse friche et relierait le pont de Gennevilliers à la porte Pouchet à Paris (XVII e ). « L'idée, c'est de désengorger la ville de Clichy du flot de voitures provenant de l'A 15. Mais on sait bien que la création d'une nouvelle voie ne fera qu'accroître le trafic et transformera le boulevard en autoroute urbaine. Sans parler de la pollution pour les riverains », assène Wilfrid Durand, adjoint (Verts) à l'environnement au maire de Saint-Ouen. Solidaire des habitants, il rappelle que « Saint-Ouen est la ville d'Ile-de-France la plus pauvre en espaces verts : 1,7 m 2 par habitant ».

Ph.B.

Le Parisien , dimanche 11 novembre 2001

...sur laquelle, chaque dimanche, les riverains se réunissent pour marquer leur attachement à cet espace vert .  (LP/AURÉLIE AUDUREAU.)

 

Saint-Ouen

Ils refusent de laisser la friche aux promoteurs

SAINT-OUEN, SAMEDI SOIR. Une centaine d'associatifs et d'habitants du quartier Victor-Hugo se sont rassemblés sur la friche. Ils veulent sauvegarder un poumon de verdure dans le quartier.   (LP.)

 

DEBOUT au beau milieu de l'herbe folle, Bahidja, Dalila et Saïda sont venues un peu par hasard. Les décibels garage punk qui se jouent à une trentaine de mètres ne les dérangent pas, tandis qu'une douce odeur de grillades persillées commence à flotter sur le terrain vague. « Ce sont nos enfants qui sont venus, on a suivi ! » résument ces mères de famille de Saint-Ouen qui habitent le quartier depuis une vingtaine d'années. Pourtant, une fois sur place, elles ont immédiatement signé la pétition pour réclamer la sauvegarde de la friche de 4 ha, coincée entre la sortie RER, le boulevard Victor-Hugo et la rue Latérale. Comme elles, une centaine de riverains et de militants associatifs se sont réunis samedi soir pour une fête improvisée sur cet espace qu'ils refusent de voir bétonner. « Il n'y a pas de parc dans ce quartier, on pourrait aménager celui-ci pour nos enfants », souligne Saïda. A l'origine des craintes : la construction du boulevard urbain, inscrit au contrat de plan Etat-région 2000-2006, qui doit raccorder le pont de Gennevilliers à la porte Pouchet (Paris, XVII e ). Il y a huit ans, l'Etat voulait prolonger l'autoroute A 15, en souterrain jusqu'à Paris. Les expropriations ont eu lieu mais le projet a été abandonné en 1994, au profit du boulevard urbain, réalisé, cette fois, en surface. Depuis lors, le terrain est laissé en friche. Ce boulevard urbain à deux files traversera donc Clichy-la-Garenne et Saint-Ouen, par la rue Latérale. « On risque de nous construire des bureaux ici ! Ce serait tellement mieux qu'on ait un vrai parc, avec des jeux et un labyrinthe », raconte Germain, 9 ans. La friche, ce petit bonhomme du 165, boulevard Victor-Hugo la connaît par coeur. Il y est tous les dimanches après-midi avec l'association audonienne Echanges, qui mobilise les riverains. Tous les matins, il prend ses jumelles pour regarder depuis sa chambre du sixième étage les badauds qui y promènent leur chien. Du béton, il n'en veut pas plus qu'Amina ou Kinta, 11 ans : « Dans la cité, on est déjà nombreux, s'il y a le boulevard urbain, il va y avoir pas mal de bruit et de pollution. Qu'on nous laisse, au moins, un espace vert avec du feuillage. » Pour l'heure, rien n'est joué. C'est du moins ce qu'affirme Francis Godard, maire adjoint PS chargé de l'urbanisme et de l'intercommunalité à Saint-Ouen, venu sur place au titre d'habitant du quartier. « La discussion sur l'aménagement (confié à l'architecte Roland Castro, NDLR) reste ouverte. Aucun permis de construire n'a été délivré », insiste-t-il, en convenant que le quartier est très peu doté en espaces verts. Mais les arguments de ces écolos, associatifs, enfants, citoyens auront-ils assez de poids dans la balance pour sauvegarder ce poumon de verdure ? « C'est un espace proche de Paris, bien desservi : commercialement, c'est très intéressant. C'est ce qui m'inquiète le plus », conclut avec lucidité un père de famille signataire de la pétition. D'autant que les communes devront débourser 90 MF pour la réalisation du boulevard urbain, les 210 MF restant étant à la charge de l'Etat.

Carole Sterlé

Le Parisien , lundi 02 juillet 2001, 0h00

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